voilà un extrait de mon dernier projet... Mais quelle prise de tête, rien ne sonne comme je voudrais : qui a dit "vive l'écriture automatique ???" tout est à reprendre ! Mais bon c'est déjà une amorce, on va y arriver... !

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Complainte du ventre vide et du ventre creux

 

C'est la même vague qui revient éternellement, La même marée, un brin différente mais toujours semblable  avec sa dose de fadeur, de routine et son étrange goût de déjà vu . Peut importe si elle est en avance ou en retard, elle revient fidèle au rendez-vous submerger les grains de sable à peine secs et inonder la plage sans l'ombre d'un espoir. Cette ronde éternelle sans coupure ni cassure finit par m'user comme ces petits bouts de verre verts trop polis que l'on trouve au milieu des galets, Ils sont froids comme des bijoux que l'on ne porte pas, adoucis par ce travail incessant  de la mer, Il ne reste rien de leur tranchant, ils ne peuvent plus rien, ils sont sans défense et finissent par se laisser aller jusqu'à ce que quelqu'un les ramasse peut-être un jour et fasse filtrer le soleil à travers pour les réchauffer et les faire briller quelques secondes comme un rayon vert sur la mer....

Moi j'attends toujours la lumière et inlassablement la nuit vient me recouvrir avec sa régularité d'horloge mécanique . Pas de répit. La lune est toujours là pour tirer les ficelles de sa marionnette et lui faire jouer le rôle qu'elle entend . Qui a décidé de ce destin ? Quel fil faut-il couper pour arrêter cette ronde infernale ? On a beau tout essayer, rien n'y fait. On s'épuise en essais infructueux, on garde en espoir la victoire, on s'échappe un instant à une ronde et on s'aperçoit  vite que l'on est sorti pour mieux retomber dans une autre. La vie est un ensemble de cercles concentriques qui s'emboitent les uns aux autres comme un labyrinthe maléfique qui nous empêche de vivre dans une insouciance totale... D'ailleurs existe-t-elle vraiment cette insouciance ? N'est-ce pas une douce illusion ? Je ne me souviens pas, même dans le lointain royaume protégé de mon enfance, avoir ressenti un total répit...

Quand un cercle n'est plus un problème, quand on l'a intégré au point qu'il fait partie de nous et qu'il est devenu indissociable de notre personnalité et nous colle à la peau comme une étiquette qui dépasserait de l'un de nos vêtements et que tout le monde remarque : « celle qui... » Et ces regards.... Ces regards qui nous jugent et qui nous épuisent.... Après tout, ils ont raison ces regards... Même si j'ai quitté un cercle, il reste ancré en moi comme une tâche indélébile, alors à quoi bon essayer de la masquer sous des cosmétiques inutiles ? ….

Mais quand l'ironie s'en mêle.... Quoi de plus cruel ? On quitte une ritournelle perverse dans laquelle on s'est complu pendant des années et  qui nous tuait à petit feu.  On a enfin compris sa toxicité asphyxiante  dont on a enfin réussi à se sevrer, quitte à lui cracher dessus alors qu'elle n'a jamais été aussi belle et que l'on ne l'a jamais jamais chanté aussi juste et pourtant sans effort, ce n'est que pour mieux entonner la nouvelle comptine. Cette nouvelle mélodie qui souhaite enfin chanter la vie et non la descente aux enfers sonne faux sans une note qui s'accorde dans le caisson de résonance de mon corps... C'est à croire qu'il était plus doué pour faire résonner les sanglots d'un violon que les sonates triomphante d'un piano...  Et cette vague qui revient sans cesse envahir cette plage, submerger le sable jusqu'à l'asphyxie nouvelle, noyant toute vie et tout espoir d'un autre souffle... La spirale infernale et éternelle d'un cercle qui entraine un autre,

Un ventre désespérément vide.

Un ventre creux pour un ventre vide.

Un ventre plat pour un ventre bombé.

Il est venu à force de creux ce ventre plat, ce ventre stérile qui ne sert à rien et qui pourtant attend. Attend on ne sait combien de temps un espoir, un rayon de vie.

Un ventre creux et aride comme le sable sec de cette plage, sable où la vague viendra encore recouvrir une nouvelle fois et inlassablement à la prochaine marée.